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Le 14 juillet raconte-t-il vraiment toute la France plurielle ?

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CAP Pipeline
Présidente CAP Métissage
9 min de lecture
Le 14 juillet raconte-t-il vraiment toute la France plurielle ?
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Chaque 14 juillet, la France se raconte. Mais de qui parle ce récit ? De Gérard Noiriel à Patrick Weil, l'histoire de l'immigration et le vécu des familles plurielles éclairent la fête nationale comme miroir de l'appartenance. Lecture CAP Métissage : élargir le nous.

Chapô

Chaque 14 juillet, la France se raconte : défilé, feux, Marseillaise. Mais de
qui parle ce récit quand il dit d’où vient la nation ? Pour les familles
plurielles, la fête nationale est un miroir autant qu’une célébration. L’histoire
de l’immigration, de Gérard Noiriel à Patrick Weil, montre que la France est
plurielle depuis bien plus longtemps qu’elle ne le reconnaît. CAP Métissage
propose une lecture apaisée du 14 juillet : non pas contester la fête, mais
élargir le « nous » qu’elle célèbre.

Introduction

Quand Rafaël regarde les feux du 14 juillet, il dit ressentir deux choses en
même temps. Fils d’un père guyanais et d’une mère vendéenne, il l’a raconté lors
d’un Metis Talk ce printemps : j’aime cette fête, et pourtant je ne suis jamais
sûr d’être dans l’histoire qu’elle raconte. Sa phrase touche une question que
l’on pose rarement un soir de fête nationale : le récit du 14 juillet fait-il de
la place à toutes les trajectoires françaises ? Cet article lit la fête nationale
comme un miroir de l’appartenance, avec les outils CAP Métissage : tenir la
fierté d’un héritage commun sans effacer celles et ceux que le récit officiel a
longtemps laissés dans sa marge.

Une fête qui pose, en creux, la question de l’appartenance

Le 14 juillet n’a jamais été qu’un anniversaire. Instituée fête nationale par la
loi du 6 juillet 1880, la date condense la prise de la Bastille de 1789 et la
promesse universaliste de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen :
« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. » Une promesse qui
s’adresse à tous, sans condition d’origine.

Cette universalité est une force et une exigence. Elle dit que la nation ne se
fonde pas sur une naissance commune, mais sur des principes partagés. Le
revers, c’est que la République a souvent proclamé l’égalité sans toujours la
tenir, pour les colonisés d’hier comme pour une partie de leurs descendants
aujourd’hui.

Pour beaucoup de familles plurielles, la fête réveille donc une question douce
et tenace : suis-je pleinement dans ce « nous » que le défilé met en scène ?
Poser la question, ce n’est pas bouder la fête. C’est demander qu’elle tienne sa
propre promesse.

L’immigration n’est pas à la marge du récit, elle en est le creuset

L’idée d’une France longtemps homogène puis récemment « diversifiée » ne résiste
pas à l’histoire. Comme le montre l’historien Gérard Noiriel dans Le creuset
français, l’immigration est un ressort central de la fabrication de la nation
depuis le XIXe siècle, longtemps effacé du roman national. Polonais, Italiens,
Espagnols, Portugais, puis familles venues du Maghreb, d’Afrique et d’Asie : la
France s’est faite plurielle bien avant de se dire telle.

L’historien du droit Patrick Weil prolonge ce constat. Dans Qu’est-ce qu’un
Français ?, il retrace deux siècles de décisions politiques qui ont défini la
nationalité. Sa démonstration dérange les évidences : être français n’est ni un
sang ni un sol figé, mais une construction juridique, révisée génération après
génération. La francité est une histoire, pas une essence.

Ce déplacement compte pour CAP Métissage. Il dit que les familles de double
culture ne s’ajoutent pas de l’extérieur à une nation déjà faite. Elles
prolongent un mouvement qui est, depuis toujours, la matière même du pays.

« L’identité ne se compartimente pas, elle ne se répartit ni par moitiés, ni
par tiers. »

Amin Maalouf, Les Identités meurtrières

Un récit qui ne tient pas sans ses Outre-mer

Raconter le 14 juillet depuis le seul Hexagone, c’est amputer la France d’une
part d’elle-même. La fête se célèbre aussi à Fort-de-France, Saint-Denis de La
Réunion, Cayenne, Mamoudzou. Même Marseillaise, autres mémoires, autre rapport
à la date.

Dans les Outre-mer, le 14 juillet cohabite avec des dates de mémoire propres,
liées aux abolitions et aux résistances. La rubrique Société d’Outremers 360°
documente régulièrement cette vie civique et ses tensions, où la fierté
républicaine se conjugue avec la conscience aiguë d’une histoire coloniale non
soldée. Célébrer la nation et se souvenir de ce qu’elle a infligé ne
s’excluent pas : les Outre-mer tiennent les deux, souvent le même jour.

Djeneba le vit à sa manière. Cette mère, qui participe aux ateliers de l’antenne
CAP Métissage à Angers, raconte que sa fille est revenue de l’école avec une
question simple : pourquoi on commence toujours l’histoire de France à la
Révolution ? La question d’une enfant met le doigt sur ce qu’un récit trop
étroit laisse dehors. Élargir le 14 juillet, c’est y faire entrer ces
géographies et ces mémoires, sans rien retrancher à la fête.

Ce que CAP Métissage retient d’un 14 juillet pluriel

Le récit national n’est pas un texte figé. Il a déjà changé : le slogan « black
blanc beur » de 1998 fut, à sa façon, une tentative populaire d’élargir le
« nous », vite retombée faute d’avoir été tenue dans la durée. La leçon n’est
pas qu’un slogan suffit. C’est qu’un récit peut s’ouvrir, à condition qu’on le
veuille.

CAP Métissage retient de cette date un geste précis : ne pas opposer la fierté
d’appartenir et la lucidité sur l’histoire. On peut aimer le 14 juillet et
demander qu’il nomme toute la France, l’hexagonale et l’ultramarine, celle des
familles installées depuis dix générations et celle des arrivées récentes. Comme
l’écrit Amin Maalouf, l’appartenance ne se découpe pas en fractions. Elle
s’additionne. Le 14 juillet gagne à être vécu ainsi : non comme un examen de
pureté, mais comme une maison qui s’agrandit.

FAQ

Pourquoi le 14 juillet interroge-t-il l’appartenance des familles plurielles ?

Parce que la fête nationale met en scène un récit sur l’origine de la France, et
que ce récit a longtemps laissé de côté l’immigration et les Outre-mer. Pour une
personne de double culture, la question n’est pas de rejeter la fête, mais de
savoir si elle est incluse dans le « nous » célébré. Poser cette question, c’est
demander que la promesse d’égalité de 1789 vaille pour toutes les trajectoires.

L’immigration fait-elle vraiment partie du récit national français ?

Oui, et depuis longtemps. L’historien Gérard Noiriel montre dans Le creuset
français que l’immigration est un ressort central de la nation dès le XIXe
siècle, même quand le roman national l’a passée sous silence. Patrick Weil
rappelle de son côté que la nationalité française est une construction juridique
révisée au fil du temps, pas une essence transmise par le sang ou le sol.

Le 14 juillet se fête-t-il de la même façon dans les Outre-mer ?

La Marseillaise et le drapeau sont les mêmes, mais le rapport à la date diffère.
Dans les Outre-mer, le 14 juillet coexiste avec des dates de mémoire liées aux
abolitions et aux résistances. Comme le documente Outremers 360°, la fierté
républicaine s’y conjugue avec la conscience d’une histoire coloniale non
soldée. On peut célébrer la nation et se souvenir de ses violences le même jour.

Comment parler du 14 juillet à un enfant de double culture ?

En racontant une histoire complète plutôt qu’un roman étroit. On peut dire à
l’enfant que la France s’est faite de nombreux apports, que la Déclaration de
1789 promet l’égalité à tous, et que sa propre famille fait pleinement partie de
ce pays. Nommer les Outre-mer, l’immigration et les héritages multiples aide
l’enfant à se sentir dans le récit, pas à côté.

Pour aller plus loin

  • Gérard Noiriel, Le creuset français, Éditions Points :
    editionspoints.com
  • Patrick Weil, Qu’est-ce qu’un Français ?, Gallimard Folio :
    gallimard.fr
  • Amin Maalouf, Les Identités meurtrières, Éditions Grasset :
    grasset.fr
  • La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, Vie-publique :
    vie-publique.fr
  • L’actualité des Outre-mer, rubrique Société, Outremers 360° :
    outremers360.com

Maillage interne

Ce regard sur le 14 juillet prolonge la lecture CAP Métissage de la
mémoire de l’esclavage et de la loi Taubira du 10 mai,
et croise notre travail sur les
abolitions ultramarines des 22 et 27 mai.
Il rejoint aussi ce que nous écrivions du
retour au pays d’un parent l’été venu
et notre
vision du métissage
comme richesse partagée.

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Bio · La rédaction CAP Métissage

La rédaction CAP Métissage rassemble les voix de l’association loi 1901 CAP
Métissage, basée en Île-de-France avec une antenne à Angers, Maine-et-Loire.
Elle écrit depuis une pratique de terrain : Metis Talks, ateliers, partenariats
associatifs et culturels. Elle ne théorise pas hors-sol. Elle relit, transmet,
met en dialogue.

Comme le colibri, chacun fait sa part.

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À propos de l'auteure

CAP Pipeline

Présidente de CAP Métissage. Engagée pour que les récits pluriels trouvent leur place dans le débat public, les arts et l'éducation. Écrit, porte des projets, fait tenir les maillons entre les Voix et leurs publics.

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