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Dorian Plasse à l’Opéra de Paris : une première réunionnaise qui vient de loin

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CAP Pipeline
Présidente CAP Métissage
10 min de lecture
Dorian Plasse à l’Opéra de Paris : une première réunionnaise qui vient de loin
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À 22 ans, Dorian Plasse devient le premier Réunionnais à intégrer le Ballet de l'Opéra de Paris, premier du concours externe 2026. De La Réunion à Garnier, en passant par Monaco et Stuttgart, CAP Métissage raconte une trajectoire qui dit aux jeunes ultramarins que la grande porte n'est plus fermée.

Chapô

À 22 ans, Dorian Plasse devient le premier Réunionnais à intégrer le Ballet de
l’Opéra de Paris. Premier du concours externe de juillet 2026, il rejoindra le
corps de ballet à la rentrée. Derrière la performance individuelle, une
institution qui s’ouvre, cinq ans après le manifeste de ses danseurs et le
rapport de Pap Ndiaye et Constance Rivière. CAP Métissage raconte ce parcours
et ce qu’il dit aux jeunes ultramarins : la grande porte n’est plus fermée.

Introduction

Le jour du concours, ils sont trente-sept dans les studios de l’Opéra de
Paris. Beaucoup sortent de l’école maison. Dorian Plasse, lui, arrive de
Stuttgart, où il danse depuis trois ans. Il racontera ensuite à Linfo.re,
partenaire d’Outremers 360° : « J’y suis allé sans pression et j’ai fait ce
que je savais faire. Mon plus grand concurrent, c’était moi. » À la fin des
deux journées, son nom est en haut de la liste. Un Réunionnais entre au Ballet
de l’Opéra de Paris, et c’est une première. Cet article raconte cette
trajectoire et la regarde avec les outils CAP Métissage : célébrer une
réussite sans en faire une exception, mesurer ce qu’une institution change
quand elle s’ouvre vraiment.

Un concours, trente-sept candidats, un nom en haut de la liste

Les 1er et 2 juillet 2026, le Ballet de l’Opéra national de Paris organisait
son concours externe de recrutement. Trente-sept danseuses et danseurs en
lice, pour une poignée de places dans le corps de ballet. Comme le rapporte
Outremers 360° avec son partenaire Linfo.re, Dorian Plasse, 22 ans, a terminé
premier du classement.

Le site spécialisé Danses avec la plume, qui suit les concours de la maison
depuis des années, confirme le résultat et précise le cadre : un engagement
comme quadrille, le premier échelon du corps de ballet, effectif fin août
2026, à la reprise de la saison. La revue ResMusica a salué de son côté
l’arrivée de cette nouvelle génération de danseurs engagés à l’Opéra.

Le détail qui compte : le contrat proposé est un CDI. « C’est assez inhabituel
qu’ils proposent directement un CDI, surtout à un danseur recruté par le
concours externe », souligne Dorian Plasse. Dans une maison où la carrière se
construit sur des décennies, cette confiance immédiate dit quelque chose de la
place qu’on lui prépare.

De La Réunion à Garnier : une trajectoire qui ne doit rien au hasard

Dorian Plasse découvre la danse vers 7 ou 8 ans, dans les studios de La
Réunion. Il commence par le jazz, bascule vite vers le classique. La
présidente de la Fédération de danse de La Réunion, qui l’a vu grandir, se
souvient dans le même reportage : « On l’a connu lorsqu’il avait 9 ou 10 ans.
Dès qu’on l’a vu, on s’est dit qu’il avait quelque chose de particulier. »

Le talent ne suffit pas, il faut aussi le temps. Adolescent, Dorian ne veut
pas quitter son île. Son entourage n’a pas forcé : « Il avait peur de partir.
Avec ses parents, on disait qu’il ne fallait pas le brusquer. Il fallait
attendre qu’il soit prêt. » La suite lui a donné raison. Concours régionaux,
stages de perfectionnement dans l’hexagone, une compétition internationale qui
le mène jusqu’à New York, puis l’Académie Princesse Grace de Monaco, où il
ajoute le contemporain à sa formation classique.

Depuis trois ans, il dansait au Ballet de Stuttgart, en Allemagne. C’est là,
en parallèle du travail quotidien de compagnie, qu’il a préparé le concours de
Paris, sans même prévenir ses proches. Son message aux jeunes Réunionnais
tient en une phrase : « S’ils ont un rêve, une passion, il ne faut pas
s’arrêter. Avec du travail, on peut tout faire. »

« J’y suis allé sans pression et j’ai fait ce que je savais faire. Mon plus
grand concurrent, c’était moi. »

Dorian Plasse, à Linfo.re et Outremers 360°, juillet 2026

Guillaume Diop a ouvert une porte que d’autres franchissent

Cette première réunionnaise s’inscrit dans une histoire plus large, et un
prénom la résume : Guillaume. En mars 2023, Guillaume Diop, alors âgé de 23
ans, était nommé danseur étoile de l’Opéra de Paris, premier danseur noir à
atteindre ce rang dans l’histoire de la maison. Fils d’un père sénégalais et
d’une mère française, il avait grandi à Paris et gravi tous les échelons de
l’école puis du corps de ballet.

Un an après sa nomination, il confiait à l’AFP, dans un entretien repris par
Sceneweb : « Je reçois quasiment tous les jours des messages d’enfants ou de
parents d’enfants qui disent que ça leur fait du bien de voir quelqu’un comme
moi, que c’est possible. » Et il ajoutait ce détail qui dit tout : un ouvreur
de la maison a remarqué que « quand c’est Guillaume qui danse, il y a beaucoup
plus de diversité dans la salle ».

En 2020, Guillaume Diop avait co-écrit avec quatre autres danseurs un
manifeste interne pour faire sortir du silence les discriminations vécues
dans la maison. Environ quatre cents salariés l’avaient signé. Ce texte a
déclenché un mouvement institutionnel dont l’arrivée de Dorian Plasse est,
six ans plus tard, l’un des fruits visibles.

Ce qu’une institution change quand elle se regarde en face

Après le manifeste, le directeur général Alexander Neef a commandé un rapport
sur la diversité à l’Opéra national de Paris. Confié à l’historien Pap Ndiaye
et à Constance Rivière, publié en février 2021, il a posé un diagnostic et des
propositions concrètes : élargir les voies de recrutement, ouvrir davantage
l’école de danse, adapter les pratiques de plateau. Une référente diversité,
Myriam Mazouzi, a été nommée pour suivre ces engagements dans la durée.

Les effets se mesurent aussi dans les détails matériels : collants et
chaussons accordés à toutes les carnations, échanges réguliers avec les
équipes costumes, coiffure et maquillage. Rien de spectaculaire, tout
d’essentiel : c’est dans ces détails que l’on dit à un danseur qu’il est chez
lui.

La lucidité CAP Métissage oblige à le dire aussi : une entrée en CDI ne solde
pas une histoire. Ce qui comptera, ce sont les rôles confiés, les
distributions, les nominations des dix prochaines années. Mais la trajectoire
de Dorian Plasse, après celle de Guillaume Diop, montre qu’une institution de
plus de trois siècles peut apprendre à ressembler au pays qu’elle représente.
Pour un enfant qui danse aujourd’hui à Saint-Denis de La Réunion, à
Fort-de-France ou à Angers, la scène de Garnier n’est plus un décor
inaccessible. C’est un horizon.

FAQ

Qui est Dorian Plasse ?

Dorian Plasse est un danseur classique français né à La Réunion. Formé sur
l’île puis à l’Académie Princesse Grace de Monaco, il a dansé trois ans au
Ballet de Stuttgart avant de remporter, à 22 ans, le concours externe 2026 du
Ballet de l’Opéra national de Paris. Il est le premier Réunionnais à intégrer
la compagnie, où il entre comme quadrille à la rentrée 2026.

Qu’est-ce que le concours externe du Ballet de l’Opéra de Paris ?

C’est la voie d’entrée ouverte aux danseurs qui ne viennent pas de l’École de
danse de l’Opéra. Les candidats se présentent devant un jury lors d’épreuves
organisées dans les studios de la maison. En juillet 2026, trente-sept
danseuses et danseurs étaient en lice. Les places sont rares et souvent
proposées en contrat temporaire : l’engagement direct en CDI de Dorian Plasse
reste exceptionnel.

Qui a été le premier danseur étoile noir de l’Opéra de Paris ?

Guillaume Diop, nommé en mars 2023 à l’âge de 23 ans, à l’issue d’une
représentation de Giselle à Séoul. Il était l’un des cinq co-auteurs du
manifeste de 2020 qui demandait à l’institution de regarder en face les
discriminations vécues en son sein. Sa nomination a eu un fort retentissement
auprès des jeunes danseurs de tous horizons.

Pourquoi l’entrée de Dorian Plasse compte-t-elle pour les Outre-mer ?

Parce qu’elle rend visible une excellence formée d’abord sur un territoire
ultramarin. La Réunion compte plus d’une centaine de danseurs professionnels
qui évoluent ou enseignent à travers le monde, rappelle la Fédération de danse
de La Réunion. L’entrée de l’un des leurs dans la compagnie la plus
prestigieuse de France dit aux jeunes ultramarins que la grande porte
s’ouvre aussi depuis les îles.

Pour aller plus loin

Maillage interne

Cet article s’inscrit dans le travail de CAP Métissage sur les voix qui
incarnent la pluralité française. Prolongez la lecture avec
les romancières francophones de la pluralité intime,
avec cinquante ans d’héritages des musiques métissées,
ou avec notre lecture du récit national du 14 juillet.
Pour comprendre les mots de ces parcours, notre enquête sur
l’identité métisse reste le
point d’entrée.

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Bio · La rédaction CAP Métissage

La rédaction CAP Métissage rassemble les voix de l’association loi 1901
CAP Métissage, basée en Île-de-France avec une antenne à Angers,
Maine-et-Loire. Elle écrit depuis une pratique de terrain : Metis Talks,
ateliers, partenariats associatifs et culturels. Elle ne théorise pas
hors-sol. Elle relit, transmet, met en dialogue.

Comme le colibri, chacun fait sa part.

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À propos de l'auteure

CAP Pipeline

Présidente de CAP Métissage. Engagée pour que les récits pluriels trouvent leur place dans le débat public, les arts et l'éducation. Écrit, porte des projets, fait tenir les maillons entre les Voix et leurs publics.

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