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Discriminations en France : ce que disent les chiffres, et ce qu’on en tire

TG
La rédaction CAP Métissage
Présidente CAP Métissage
·Mis à jour le 10 octobre 2026
11 min de lecture
Discriminations en France : ce que disent les chiffres, et ce qu’on en tire
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Un quart des 15-26 ans immigrés, descendants d'immigrés ou nés en outre-mer déclarent une discrimination en cinq ans. 46 % des Français disent avoir subi une agression ou une discrimination raciste dans leur vie. L'indice de tolérance atteint 64 sur 100. Ces chiffres, publiés en 2026 par la Défenseure des droits, l'Ifop avec la Licra et la CNCDH, ne se contredisent pas : ils ne mesurent pas la même chose. Cet article explique ce que chacun dit, ce qu'il tait, et comment les lire ensemble.

Un quart des 15-26 ans immigrés, descendants d’immigrés ou nés en outre-mer déclarent une discrimination en cinq ans. 46 % des Français disent avoir subi une agression ou une discrimination raciste dans leur vie. L’indice de tolérance atteint 64 sur 100. Ces chiffres, publiés en 2026 par la Défenseure des droits, l’Ifop avec la Licra et la CNCDH, ne se contredisent pas : ils ne mesurent pas la même chose. Cet article explique ce que chacun dit, ce qu’il tait, et comment les lire ensemble.

Une jeune femme de 21 ans, citée dans le rapport de la Défenseure des droits, raconte qu’on la confondait souvent avec d’autres filles noires de sa classe. Rien de spectaculaire : une scène de classe.

Des milliers de scènes semblables nourrissent les chiffres sur les discriminations en France, publiés cette année par trois institutions différentes.

Cet article lit ces chiffres ensemble : ce que chaque enquête mesure, ce qu’elle laisse dans l’ombre, et ce qu’on peut en dire sans les faire mentir.

Trois sources, trois façons de mesurer

Devant une série de pourcentages, le premier réflexe consiste à les additionner ou à les opposer. C’est une erreur de méthode. La Défenseure des droits, la CNCDH et l’enquête Ifop pour la Licra ne posent pas la même question à la même population.

Le 26 février 2026, la Défenseure des droits Claire Hédon publie Jeunesses et discriminations fondées sur l’origine : répondre à l’impératif d’égalité. Le rapport s’appuie sur ses saisines, des travaux de recherche, un questionnaire diffusé auprès de jeunes, des focus groups et l’enquête Trajectoires et Origines (TeO 2). Il mesure la discrimination déclarée par les 15-26 ans.

Le 25 juin 2026, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) rend son rapport annuel sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie. Elle croise un indice de tolérance, tiré de sondages d’opinion, et les faits enregistrés par les forces de l’ordre.

Enfin, l’Ifop a interrogé pour la Licra 14 025 personnes de 15 ans et plus, en France métropolitaine, du 8 août au 2 septembre 2025, et publié les résultats en avril 2026. Cette enquête mesure ce que chacun dit avoir vécu au cours de sa vie.

Opinions, faits enregistrés, vécus déclarés : trois étages d’un même bâtiment, pas trois versions du même étage.

Ce que déclarent les jeunes, selon la Défenseure des droits

Le chiffre qui ouvre le rapport tient en une phrase : un quart des jeunes de 15 à 26 ans, immigrés, descendants d’immigrés ou nés en outre-mer, déclarent avoir subi une discrimination liée à la couleur de peau, à l’origine ou à la nationalité au cours des cinq dernières années. Ce quart ne se répartit pas au hasard. Il se concentre sur l’école, le logement, la recherche de stage et l’accès à l’emploi.

Comme le résume L’Étudiant, 41 % des jeunes perçus comme noirs, arabes ou maghrébins déclarent avoir été discriminés dans leur recherche d’emploi sur cinq ans. Les refus de stage sont deux fois plus fréquents pour les élèves dont un parent au moins est né hors de France métropolitaine. Et 7 % des lycéens disent être moins bien traités à cause de leur origine ou de leur couleur de peau.

Un jeune homme de 22 ans, cité dans le rapport, explique qu’il n’a demandé aucune aide quand il a subi une discrimination. Ce silence pèse autant que les pourcentages. Il explique pourquoi les saisines reçues par la Défenseure des droits ne donnent qu’une partie du tableau.

« Souvent abritées derrière une apparente neutralité, elles opèrent de manière systémique dans tous les domaines de la vie quotidienne en se nourrissant de stéréotypes et préjugés parfois inconscients. »

Claire Hédon, Défenseure des droits, rapport Jeunesses et discriminations fondées sur l’origine, février 2026

Le mot « systémique » dit exactement cela : le rapport propose de lire les discriminations non plus comme de seuls actes individuels, mais comme le produit d’inégalités durables et collectives. Un dossier de stage écarté, une visite de logement qui n’aboutit pas, un CV resté sans réponse : chaque épisode peut sembler anodin. C’est leur accumulation qui dessine une trajectoire.

Quand la tolérance progresse et que les faits recensés aussi

Selon la CNCDH, l’indice longitudinal de tolérance atteint 64 sur 100 en 2025, soit le quatrième meilleur score depuis 1990. Dans le même rapport, les faits racistes enregistrés progressent de 5 % sur un an. Contradiction ? Pas forcément.

La CNCDH avance une piste générationnelle : les plus jeunes se disent plus tolérants, mais des préjugés persistent chez des cohortes plus anciennes et se cristallisent sur certains groupes. Un indice d’opinion mesure un climat. Il ne dit rien du passage à l’acte d’une minorité de personnes.

Le rapport rappelle surtout un point que les titres de presse oublient souvent : 1,2 million de personnes s’estiment victimes chaque année d’un incident raciste, et 97 % ne portent pas plainte. Les raisons citées vont du manque de confiance dans les institutions au sentiment que la démarche sera inutile, en passant par la difficulté de déposer plainte et la peur des représailles. Un chiffre de police ne mesure pas un phénomène : il mesure ce qui arrive jusqu’à la police.

Son président, Jean-Marie Burguburu, en tire une exigence adressée au Gouvernement : mener une politique publique exigeante de lutte contre toutes les formes de racisme.

Ce que répondent 14 025 personnes

L’enquête Ifop pour la Licra donne le chiffre le plus large : 46 % des personnes interrogées déclarent avoir subi, au moins une fois dans leur vie, une agression ou une discrimination à caractère raciste. Le détail compte : 14 % ont vécu uniquement des agressions, 8 % uniquement des discriminations, 24 % les deux.

La fenêtre de temps change tout. Sur les cinq dernières années, 24 % des personnes interrogées déclarent un comportement raciste à leur encontre, et 15 % disent avoir subi au moins une discrimination au cours des douze derniers mois. Comparer le 46 % de l’Ifop au 25 % de la Défenseure des droits n’a donc aucun sens : l’un couvre une vie entière et toute la population, l’autre cinq ans et une tranche d’âge précise.

L’enquête montre aussi des écarts nets selon la manière dont on est perçu. Au travail, 10 % de l’ensemble des Français déclarent avoir été discriminés, contre 30 % des personnes perçues comme noires et 28 % des personnes perçues comme arabes. Sur l’ensemble des expériences racistes vécues dans une vie, 39 % des personnes perçues comme blanches en déclarent au moins une, contre 80 % des personnes perçues comme noires. Le phénomène ne se limite pas à un seul groupe, mais sa fréquence varie très fortement d’un groupe à l’autre.

Le président de la Licra, Mario Stasi, en tire une conclusion politique : quand 46 % des Français disent avoir vécu du racisme, il est temps d’en faire une priorité nationale.

Ce que CAP Métissage retient, et ce qu’on en fait

Premier réflexe à garder : demander à chaque chiffre ce qu’il mesure, sur quelle période et auprès de qui. Un pourcentage sans sa question n’est qu’une anecdote avec une virgule.

Deuxième réflexe : tenir ensemble la lucidité et la fierté. Les données de la Défenseure des droits ne disent pas que les parcours des jeunes issus de familles plurielles sont des parcours de souffrance. Elles disent que des obstacles précis, documentés, se dressent à des moments précis. Reconnaître l’obstacle n’efface ni la richesse des héritages, ni l’énergie de celles et ceux qui avancent malgré lui.

Troisième réflexe : lire les chiffres avec les personnes qui les vivent. C’est ce que nous faisons à chaque Metis Talk, et ce que prolonge notre réflexion sur le récit national pluriel du 14 juillet. Pour les parents et les équipes éducatives, notre guide CAP sur l’école propose des repères pour dialoguer sans se justifier.

Quatrième réflexe : nommer. Quand 97 % des victimes se taisent, c’est aussi une affaire de mots. Savoir dire ce qui s’est passé, garder une trace écrite, identifier les témoins, savoir qu’on peut saisir gratuitement la Défenseure des droits : ce sont des gestes simples, et ils changent l’issue. Beaucoup de questions reviennent dans notre foire aux questions sur le métissage, et nous les portons à chaque rencontre.

Questions fréquentes

Quel est le taux de discrimination en France selon les enquêtes récentes ?

Il n’existe pas un taux unique, car chaque enquête mesure autre chose. La Défenseure des droits relève qu’un quart des 15-26 ans immigrés, descendants d’immigrés ou nés en outre-mer déclarent une discrimination en cinq ans. L’enquête Ifop pour la Licra établit que 46 % des Français disent avoir vécu une agression ou une discrimination raciste dans leur vie.

Pourquoi les chiffres de la CNCDH et ceux de l’Ifop semblent-ils se contredire ?

Parce qu’ils ne mesurent pas la même chose. La CNCDH croise un indice d’opinion, qui atteint 64 sur 100 en 2025, avec les faits enregistrés par les forces de l’ordre, en hausse de 5 %. L’Ifop interroge des personnes sur ce qu’elles ont vécu. Une société peut devenir plus tolérante dans les sondages tout en comptant davantage d’actes recensés.

Pourquoi 97 % des victimes ne portent-elles pas plainte ?

Selon la CNCDH, les raisons principales sont le manque de confiance dans les institutions, le sentiment que la démarche sera inutile, la difficulté à déposer plainte et la peur des représailles. Cette sous-déclaration explique pourquoi les statistiques de police ne donnent qu’une partie du phénomène : 1,2 million de personnes s’estiment victimes chaque année.

Que veut dire « discrimination systémique » ?

Le rapport de la Défenseure des droits emploie ce terme pour désigner des discriminations qui ne relèvent pas seulement d’actes individuels, mais d’inégalités durables et collectives. Souvent abritées derrière une apparente neutralité, elles passent par des procédures, des critères de sélection ou des habitudes qui se nourrissent de stéréotypes et de préjugés parfois inconscients.

Que faire face à une discrimination ?

Garder des traces écrites (messages, courriels, dates), noter les témoins et ne pas rester seul·e. La Défenseure des droits peut être saisie gratuitement, en ligne ou par courrier. Les associations de lutte contre les discriminations accompagnent aussi les démarches. Parler à une personne de confiance reste un premier pas, avant toute démarche formelle.

Pour aller plus loin

Lire l’enquête sur l’identité métisse

Les chiffres disent l’ampleur, les récits disent le vécu. CAP Métissage documente la construction identitaire des personnes métisses en France : témoignages, repères, ressources.

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La rédaction CAP Métissage

La rédaction CAP Métissage rassemble les voix de l’association loi 1901 CAP Métissage, basée en Île-de-France avec une antenne à Angers, Maine-et-Loire. Elle écrit depuis une pratique de terrain : Metis Talks, ateliers, partenariats associatifs et culturels. Elle ne théorise pas hors-sol. Elle relit, transmet, met en dialogue.

Comme le colibri, chacun fait sa part.

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À propos de l'auteure

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Présidente de CAP Métissage. Engagée pour que les récits pluriels trouvent leur place dans le débat public, les arts et l'éducation. Écrit, porte des projets, fait tenir les maillons entre les Voix et leurs publics.

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