Le 1er septembre 2026, de nouveaux programmes de langues vivantes étrangères
et régionales entrent en vigueur au CP et au CM1. L’arrêté du 26 février 2026
remet l’oral et l’exposition précoce aux langues au centre de l’école
élémentaire. Mais les langues familiales, celles que des milliers d’enfants
parlent déjà à la maison, restent largement hors des classes. CAP Métissage fait le
point : ce que la rentrée change vraiment, ce que la recherche établit depuis
vingt ans, et ce qu’une famille peut poser sur la table dès septembre.
Lors d’un Metis Talk, Fatoumata a résumé en une phrase ce que beaucoup de
parents taisent : à la maison on parle soninké, mais à l’école je dis à ma
fille de ne pas le dire. Elle n’a pas honte de sa langue. Elle a peur qu’on
la prenne pour un retard. Cette crainte a un coût scolaire mesurable, et la
rentrée du 1er septembre 2026 tombe au bon moment pour la regarder en face.
Cet article explique ce que les nouveaux programmes de langues changent
réellement, ce que l’école sait déjà faire des langues familiales, et ce
qu’un parent peut demander sans avoir à se battre.
Ce que la rentrée du 1er septembre change dans les classes
Le texte est passé presque inaperçu. Signé le 26 février 2026 par Caroline
Pascal, directrice générale de l’enseignement scolaire, publié au Journal
officiel du 7 mars puis au Bulletin officiel du 19 mars, l’arrêté fixe de
nouveaux programmes de langues vivantes étrangères et régionales pour le
cycle des apprentissages fondamentaux et pour les classes de cours moyen.
Le calendrier est précis, et il vaut la peine d’être lu de près. Les
nouveaux programmes s’appliquent dès la rentrée 2026-2027 aux classes de
cours préparatoire et de cours moyen première année. Le CE1, le CE2 et le
CM2 suivront à la rentrée 2027-2028.
Autrement dit : si votre enfant entre en CP ou en CM1 le 1er septembre, il
est concerné cette année. Sinon, ce sera l’année suivante.
Un détail compte pour les familles plurielles. Le même arrêté traite les
langues vivantes étrangères et les langues vivantes régionales dans un
texte unique. Le créole, le tahitien, les langues kanak figurent dans la
même architecture pédagogique que l’anglais ou l’espagnol. Ce n’est pas
neutre : cela fait de langues longtemps reléguées au registre familial des
langues scolaires à part entière, avec un programme, une progression, une
évaluation.
Reste une limite, et elle est de taille. Ce qui entre à l’école, ce sont
des langues inscrites au catalogue de l’institution. Pas le soninké de
Fatoumata, pas le tamoul, pas le wolof, pas le vietnamien. Ces langues-là
continuent d’attendre à la porte de la classe.
Les langues de la maison restent à la porte
Le constat n’est pas une opinion militante, c’est une position documentée.
En septembre 2025, l’UNICEF France et l’association DULALA (D’Une Langue À
L’Autre) ont publié ensemble un livret destiné aux professionnels de
l’éducation, intitulé « Le plurilinguisme à l’école : construire la réussite
de tous les enfants à travers la diversité des langues ». Il prolonge le
rapport de l’UNICEF France paru un an plus tôt, « Dans toutes les langues :
réussir à l’école quand on ne maîtrise pas le français ».
Leur thèse tient en une inversion. Valoriser la langue parlée à la maison ne
retarde pas l’apprentissage du français : cela le soutient. L’enfant qui peut
nommer ce qu’il sait déjà construit des ponts entre ses systèmes
linguistiques au lieu de les cloisonner. À l’inverse, l’enfant à qui l’on
signifie, même sans un mot, que sa langue n’a pas sa place, apprend d’abord
à se taire.
Les deux organisations rappellent aussi un point de droit que peu de parents
connaissent. La France a émis une réserve sur l’article 30 de la Convention
internationale des droits de l’enfant, réserve qui affaiblit les droits
linguistiques des enfants autochtones des Outre-mer comme de ceux dont le
français n’est pas la première langue. Le Comité des droits de l’enfant des
Nations unies a demandé à la France de la lever, notamment dans ses
observations finales du 2 juin 2023.
La recherche disait déjà cela bien avant. La sociolinguiste Christine Hélot,
qui a enseigné à l’université de Strasbourg, a consacré un ouvrage entier à
ce qu’elle nomme le bilinguisme ignoré : celui des enfants de familles
migrantes, jamais compté comme un atout quand celui des familles favorisées
l’est toujours. Dans « Du bilinguisme en famille au plurilinguisme à
l’école », elle montre que l’école française ne distingue pas les langues
selon leur difficulté, mais selon leur prestige social.
« La Convention internationale des droits de l’enfant rappelle, dans ses
articles 28, 29 et 30, que l’éducation doit respecter l’identité, la langue
et la culture de chaque enfant. »UNICEF France et DULALA, livret « Le plurilinguisme à l’école »,
septembre 2025
Ce que l’école sait déjà faire, de Montreuil à Fort-de-France
Le tableau serait injuste s’il s’arrêtait là. L’école française sait faire,
quand elle s’en donne les moyens, et les chiffres le prouvent.
Selon la note publiée en juin 2025 par la Direction de l’évaluation, de la
prospective et de la performance, 88 500 élèves allophones nouvellement
arrivés étaient scolarisés en 2023-2024 : 38 500 en école élémentaire,
36 200 au collège, 13 800 au lycée. Neuf sur dix bénéficient d’un
enseignement en français langue seconde, le plus souvent dans une unité
pédagogique pour élèves allophones arrivants. Un dispositif national,
outillé, qui fonctionne.
En Martinique, la dynamique vient de l’autre bout. L’habilitation à
enseigner le créole comme langue vivante régionale, créée en 2008, a permis
à soixante et un professeurs des écoles supplémentaires d’obtenir leur
qualification lors de la session 2025, rapporte Martinique La 1ère. Les
classes bilingues français-créole se multiplient dans l’île. La dynamique
reste fragile côté second degré, où l’option créole n’a pas été ouverte au
concours de l’agrégation pour la session 2025-2026.
Dans l’hexagone, l’association DULALA, installée à Montreuil, forme depuis
2009 les professionnels de l’éducation à l’éveil aux langues. Son concours
Kamishibaï plurilingue, dont la onzième édition a été récompensée en juin
2026, fait écrire aux classes des histoires en plusieurs langues, celles des
élèves comprises. Ces dispositifs existent. Ils dépendent encore trop
souvent d’un enseignant motivé plutôt que d’une politique.
Sofia, mère de deux enfants, le racontait autrement lors d’un atelier CAP :
quand la maîtresse a demandé aux familles d’enregistrer une comptine dans
leur langue, son fils de sept ans a voulu apprendre l’arabe de sa
grand-mère. Un geste pédagogique de dix minutes avait fait ce que trois ans
de recommandations parentales n’avaient pas réussi.
Ce que les familles peuvent poser dès septembre
Première chose : dire la langue. Lors de la rentrée, beaucoup de parents
choisissent le silence par prudence. Nommer explicitement à l’enseignant les
langues familiales pratiquées à la maison ne fragilise pas l’enfant, cela
informe l’école de ce dont il dispose.
Deuxième chose : demander ce qui existe déjà. L’école pratique-t-elle
l’éveil aux langues ? Y a-t-il un enseignement international de langue
étrangère dans la commune ? En Outre-mer, la langue vivante régionale
est-elle proposée dans l’établissement ?
Ces questions sont légitimes. Elles sont pourtant rarement posées.
Troisième chose : ne pas céder sur la maison. Barbara Abdelilah-Bauer, qui a
consacré à ce sujet « Le défi des enfants bilingues » paru à La Découverte,
rappelle qu’une langue se perd vite quand elle cesse d’être utilisée, et
qu’aucune étude sérieuse n’établit de lien entre bilinguisme familial et
difficulté scolaire. Le risque documenté est ailleurs : dans l’abandon.
CAP Métissage tient les deux bouts. Célébrer la richesse d’un enfant qui
grandit avec plusieurs langues, oui. Et regarder sans détour ce qui, dans
l’organisation scolaire, transforme encore cette richesse en gêne.
La rentrée 2026 fait un pas. Elle n’a pas franchi la porte de la maison.
Questions fréquentes
Les nouveaux programmes de langues concernent-ils tous les élèves à la rentrée 2026 ?
Non. L’arrêté du 26 février 2026 s’applique dès la rentrée 2026-2027 aux
seules classes de cours préparatoire et de cours moyen première année. Les
classes de CE1, CE2 et CM2 basculeront à la rentrée 2027-2028. Un enfant
entrant en CE2 en septembre 2026 suivra donc encore le programme précédent
pendant une année scolaire.
Parler une autre langue à la maison retarde-t-il l’apprentissage du français ?
Non, et c’est un point sur lequel la recherche est stable. L’UNICEF France
et DULALA rappellent que valoriser la langue familiale soutient le
développement langagier et facilite l’apprentissage du français. Les
difficultés observées viennent le plus souvent de l’abandon brutal de la
première langue, pas de sa pratique continue à la maison.
Le créole peut-il être enseigné à l’école ?
Oui. Le créole est reconnu comme langue vivante régionale et peut être
enseigné de la maternelle au lycée par des personnels habilités. En
Martinique, soixante et un professeurs des écoles ont obtenu cette
habilitation lors de la session 2025. Des classes bilingues français-créole
existent en Martinique comme en Guadeloupe.
Que puis-je demander à l’enseignant de mon enfant en septembre ?
Trois choses simples. Signaler les langues parlées à la maison, sans les
minimiser. Demander si l’école mène des activités d’éveil aux langues ou
participe à un projet comme le concours Kamishibaï plurilingue. Se
renseigner sur les enseignements de langue proposés dans la commune. Ces
démarches prennent cinq minutes et changent souvent le regard porté sur
l’enfant.
Pour aller plus loin
- Programmes de langues vivantes étrangères et régionales pour l’école élémentaire · Bulletin officiel n° 12 du 19 mars 2026
- Livret « Le plurilinguisme à l’école » · UNICEF France et DULALA
- Le plurilinguisme comme droit de l’enfant · DULALA
- Le créole à l’école en Martinique · soixante et un professeurs habilités · Martinique La 1ère
- Christine Hélot · Du bilinguisme en famille au plurilinguisme à l’école · L’Harmattan
- Barbara Abdelilah-Bauer · Le défi des enfants bilingues · La Découverte
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